

Donna BlissĚýest nĂ©e près de Chicago. Elle a obtenu son baccalaurĂ©at en beaux-arts Ă la School of the Art Institute of Chicago (SAIC), avec une mention honorable dans le cadre du projet de stage postdoctoral. Depuis l’obtention de son diplĂ´me Ă la SAIC, elle partage sa vie entre une carrière d’organisatrice d’évĂ©nements et la poursuite de sa crĂ©ation artistique. En tant que membre de l’équipe Zhou B, elle s’est inspirĂ©e d’autres artistes, en particulier des cĂ©lèbres frères Zhou. Son travail a fait l’objet de plusieurs expositions au Centre d’art Zhou B, dont une exposition individuelle Ă l’ACS Gallery.Ěý
Ěý
En tant que directrice des Ă©vĂ©nements du Centre Zhou B, elle a considĂ©rablement augmentĂ© les recettes des Ă©vĂ©nements. En mai 2014, elle a Ă©tĂ© nommĂ©e vice-prĂ©sidente du dĂ©veloppement crĂ©atif, avec pour mission d’amĂ©liorer la reconnaissance publique de la marque Zhou B et d’aider les frères Zhou Ă rejoindre un public plus large.Ěý
Ěý
En tant que spĂ©cialiste du textile et des fibres Ă l’Art Institute of Chicago, elle a appris Ă travailler avec de nombreux mĂ©dias, notamment la sculpture souple, l’impression, le dessin, la mode et la peinture. Son travail intègre aujourd’hui de nombreux mĂ©dias et les marie avec son attachement aux matĂ©riaux trouvĂ©s.Ěý
Ěý
Mme Bliss dĂ©crit ainsi sa vision artistique : « Mon travail reflète ce qui se passe dans ma vie en tant que femme Ă diffĂ©rents stades, ce qui est toujours un Ă©lĂ©ment important de ma perspective. Les deux principales forces de conflit sont aujourd’hui la pandĂ©mie de coronavirus et les tensions raciales qui dĂ©chirent le pays. Mes travaux rĂ©cents dĂ©crivent le processus nĂ©cessaire pour combattre ces ennemis ensemble, faire le deuil de nos pertes et, en fin de compte, retrouver l’espoir. »Ěý
Pendant longtemps, vous avez Ă©tĂ© conservatrice des Ĺ“uvres d’art d’autres personnes, notamment de la Zhou Brothers’ Gallery Ă Chicago. Quand avez-vous commencĂ© Ă faire l’expĂ©rience de vos propres Ĺ“uvres artistiques et Ă vous considĂ©rer comme une artiste?ĚýĚýĚý
À la fin des années 70, j’ai obtenu mon diplôme de la School of the Art Institute de Chicago. Je ne suis pas immédiatement devenue une artiste professionnelle. Je ne gagnais pas d’argent avec mon art et je stagnais depuis longtemps. J’ai donc décidé de me lancer dans d’autres formes d’activités. 
En 2009, j’ai commencé à travailler en tant que responsable du Centre d’art Zhou B. Il y avait là ce qu’on appelle le Center Line Show, où j’ai exposé l’une des œuvres que j’avais réalisées dans le cadre de mon stage postdoctoral à la School of the Art Institute. Certains artistes professionnels qui ont vu mon travail m’ont dit : « Il faut que tu reviennes à l’art! ». 
Il est important de souligner que même lorsque je ne faisais pas de l’art à plein temps, je créais toujours. Cela a toujours fait partie de moi. Et c’est amusant parce que lorsque j’agissais en tant que consultante, je représentais également un jeune artiste, Zach Weber, que j’aidais dans sa carrière. Mais je ne faisais pas le même travail de promotion pour moi-même. Après avoir exposé dans la galerie que dirige une de mes amies, Stola Contemporary, elle m’a dit : « Il faut que tu développes ta propre carrière artistique ». En 2010, grâce aux encouragements de tout le monde, j’ai commencé à m’y remettre lentement. 
L’exposition « Buste En Rose » s’est tenue au Centre d’art Zhou B au profit de la recherche sur le cancer du sein. Robin Rios nous a commandé des corsets. J’ai réalisé cette magnifique pièce qui a été exposée et qui a suscité beaucoup d’intérêt. C’est ce qui m’a vraiment relancée dans l’art et plus particulièrement dans l’art inspiré par mes engagements en faveur de la justice sociale. 

Comment la pandĂ©mie a-t-elle jouĂ© un rĂ´le dans votre dĂ©cision d’aborder plus sĂ©rieusement les Ĺ“uvres d’art Ă vocation sociale?Ěý
Pendant la COVID et les confinements liés à la pandémie, nous ne faisions pas grand-chose, et cet espace m’a permis d’entreprendre un travail plus créatif. Il y a eu le meurtre de George Floyd par un policier le 25 mai 2020, qui a conduit à . Comme beaucoup, sa mort violente m’a vraiment bouleversée et a eu un tel impact que j’ai commencé une pièce en réaction. 
Pendant la pandémie, j’ai aussi lancé ma série Women Warrior, dont l’une s’intitule qui a depuis été diffusée dans plusieurs endroits différents. Cette œuvre d’art me tient à cœur. 
Récemment, j’ai été très contrariée par la décision de la Cour suprême de révoquer l’arrêt Roe c. Wade qui a eu lieu le 24 juin 2022. C’est en réaction à cette décision judiciaire, qui fait de l’avortement un droit fédéral, que j’ai lancé ma série Vagina, exposée à la galerie Stola Contemporary. Mon ami William Lieberman, de la galerie Zolla Lieberman, a vu l’exposition et a beaucoup aimé mon œuvre intitulée Freedom. J’ai décidé de lui offrir. Il m’a ensuite invitée à participer à une exposition collective de Zolla Lieberman en juillet.
Aujourd’hui, je ne dirais pas que je fais activement la promotion mon art, mais grâce à ce type d’échanges, mon travail finit par être exposé. Pour moi, c’est assez remarquable.

Votre Ĺ“uvre est très engagĂ©e dans la politique actuelle. Que signifie ĂŞtre une femme blanche vivant aux États-Unis Ă une Ă©poque de rĂ©surgence de la suprĂ©matie blanche et de la misogynie, et faire de l’art qui tente de rĂ©pondre Ă ce contexte difficile?ĚýĚýĚý
Mon art naît de la colère et de l’indignation. Honnêtement, je suis une passionnée de politique, et en 2016, lorsque Donald Trump a été élu, mon mari et moi avons été horrifiés. Nous pleurions ensemble : « Ça y est, déménageons au Canada. C’est fini! ».
Il est stupéfiant, dans le pire des cas, de voir la haine grandir et de voir le racisme et la misogynie ouvertement normalisés. Il est très frustrant de penser que ce pays recule, surtout après avoir eu un président fabuleux, engagé, militant et noir, Barack Obama. Il nous a permis d’espérer que le pays change et que nous progressons vers plus de liberté et d’égalité pour tous. 
Comme nous le savons maintenant, cela n’a pas très bien fonctionné. 
Ma colère à l’égard de la situation politique actuelle transparaît dans mon art. Dans la série Vagina que j’ai mentionnée, des clous sortent de l’une des pièces. Une autre est munie d’un cintre, pour dire « Nous ne reviendrons pas en arrière, avant l’arrêt Roe c. Wade ». En tant qu’artiste, je veux faire passer mon message et pour ce faire, je dois diffuser mon travail pour que les gens le voient.
Le dĂ©cès de Ruth Bader Ginsburg en 2020 a changĂ© la physionomie de la Cour suprĂŞme des États-Unis. Nous avons vu l’impact très rapidement; nous avons dĂ©jĂ discutĂ© de la rĂ©vocation de l’arrĂŞt Roe c.Ěý Wade, qui garantissait l’accès des femmes Ă leurs droits reproductifs dans l’ensemble des États-Unis. Que reprĂ©sente pour vous Mme Ginsburg, une Warrior Woman qui figure dans vos Ĺ“uvres d’art?Ěý
Mon lien avec Ruth Bader Ginsburg a toujours été très fort. Je l’admire beaucoup. Elle donne l’exemple. Je la vois comme une femme minuscule, puissante et motivée, qui en a tellement fait pour les droits des femmes.
J’ai pu créer quelques œuvres d’art en son honneur avant sa mort. Je travaille avec une galerie appelée Stola Contemporary et sa directrice, Kelly Matthews, est une amie très chère. Nous entretenons une relation symbiotique, car bon nombre des artistes dont elle expose les œuvres sont également mes amis. Juste avant la mort de Ruth Bader Ginsburg, elle avait décidé d’organiser une exposition intitulée The Life and Legacy of Ruth Bader Ginsburg. J’ai créé deux pièces très fortes pour moi, qui se sont toutes deux vendues. C’était joyeux de célébrer Ginsburg dans cette exposition.
Peu après l’ouverture de la galerie, Mme Ginsburg est décédée. Nous avons pleuré ensemble. Nous étions loin de nous douter de la façon dont les choses allaient se dérouler à la Cour suprême après sa mort. au lieu d’une personne comme Ruth Bader Ginsburg est très dérangeante. J’aime que le président Joe Biden ait nommé . Il s’agit d’une femme — d’une femme noire — et c’est passionnant. Mais les conservateurs restent majoritaires et c’est inquiétant. 
Ěý
Vous utilisez des mĂ©dias mixtes dans vos sculptures, notamment des textiles, du fil de fer et de la peinture, pour crĂ©er des pièces uniques, souvent colorĂ©es et gĂ©nĂ©ralement figuratives. Quelles sont vos influences?Ěý
Wow! C’est une très bonne question. 
J’étais artiste en fibres textiles à l’Art Institute. J’ai appris à travailler avec la sérigraphie, la préparation, la couture, etc. Lorsque j’ai terminé l’école, je continuais à vendre et à faire des projets avec ma fille. Ce n’est que lorsque je me suis vraiment remis à faire de l’art et à le promouvoir que j’ai voulu devenir une sculptrice à part entière.
J’ai rencontré une sculptrice nommée qui m’a enseigné les bases, comme la fabrication de l’armature, les différentes épaisseurs d’un fil et la manière de le recouvrir. Elle disait toujours : « C’est une question de base. » Cela m’a été très utile, car j’avais toujours ces idées qui surgissaient sans savoir comment les soutenir. Elle a changé ma vie.
Une autre sculptrice qui m’a beaucoup influencé est . Elle m’avait fait découvrir un matériau appelé époxy de sculpture. Il s’agit d’une argile qui se présente en deux parties, que l’on mélange et que l’on façonne à sa guise. Elle sèche à l’air libre et vous pouvez la peindre, y faire des collages, etc. C’est merveilleux. Ainsi, en utilisant l’armature en fil de fer et mon époxy de sculpture, j’ai vraiment eu une source illimitée de moyens d’exprimer ce que je veux en tant qu’artiste.
Je dis souvent que l’une des choses les plus importantes pour un artiste est de savoir comment transmettre son message et d’avoir les techniques et les matériaux pour le faire. Cela a vraiment fait une grande différence pour moi. Avant, j’avais des idées et je ne savais pas vraiment comment les concrétiser. Aujourd’hui, je dispose des techniques et des matériaux nécessaires et je suis en mesure de faire passer mes idées.
Pouvez-vous m’en dire plus sur le processus crĂ©atif qui permet Ă vos Ĺ“uvres de prendre forme?Ěý
Wow, encore une très bonne question!
Je crois que l’esquisse et le dessin sont le point de départ de tout. Je m’assois toujours avec mon carnet de croquis et je fais quelques esquisses. Ensuite, en tant que sculpteur, vous devez prendre ce travail bidimensionnel et le rendre tridimensionnel. Je vais commencer par jouer avec mon idée. Par exemple, lorsque j’ai réalisé la série Vagina, j’ai commencé à faire des croquis en trois dimensions. J’ai embelli le portemanteau avec de l’époxy de sculpture pour qu’il soit bien visible. Je commence souvent par des croquis sur papier où je jette toutes mes idées sans m’inquiéter de leur apparence. Parfois, ils se transforment en œuvres. J’essaierai d’abord d’esquisser et de construire sur papier, puis j’utiliserai, par exemple, du carton et je construirai par-dessus. C’est en quelque sorte ma façon de faire des croquis en trois dimensions. 
Ce sont les premières étapes de la création d’une pièce pour moi. Tout commence par une idée que je veux exprimer. Je partirai de là et je m’amuserai à trouver le moyen de la faire ressortir, que ce soit en deux ou en trois dimensions.
Quels sont les Ă©vĂ©nements rĂ©cents aux États-Unis ou dans le monde qui vous inspirent ou vous rĂ©voltent?Ěý
En gĂ©nĂ©ral, je commence une sĂ©rie et je vois oĂą elle me conduit. Avec la sĂ©rie Vagina, j’ai l’impression que je viens de commencer et qu’il y a encore beaucoup Ă dire sur les droits des femmes, la misogynie et d’autres questions connexes. Je vais certainement continuer Ă travailler sur ce point. J’ai Ă©galement créé une ligne de bijoux pour mes amis et ma famille pendant le temps des FĂŞtes. Puis, au cours de la nouvelle annĂ©e, nous verrons oĂą ma crĂ©ativitĂ© me mènera, ce qu’il en ressortira et ce que j’ai envie de dire.Ěý
Vous savez, la guerre en Ukraine est horrible, mais je ne sais pas vraiment comment l’exprimer dans une Ĺ“uvre. L’autre sujet qui me prĂ©occupe, c’est la violence armĂ©e dans ce pays. Je n’ai pas encore dĂ©cidĂ© si ces concepts deviendront des Ĺ“uvres d’art. Parfois, ces idĂ©es me disent que je suis prĂŞte et je commence Ă crĂ©er. Avec la sĂ©rie Vagina, l’idĂ©e Ă©tait dĂ©jĂ prĂ©sente depuis un certain temps, mais elle s’est encore renforcĂ©e dans mon esprit avec l’arrĂŞt Roe c. Wade.  Et pour continuer Ă faire de l’art, c’est bien d’avoir une date limite et un thème, comme lorsque vous ĂŞtes Ă l’école et que l’on vous donne des devoirs. Le problème, c’est qu’une fois que vous avez terminĂ© l’école, vous n’avez plus vraiment cette possibilitĂ©, alors ce qui vous aide, c’est quand il y a des expositions.ĚýĚý
J’ai deux très bonnes amies, Caren Rudman, qui dirige le centre d’art Highland Park Gallery, et Kelly Matthews, qui dirige Solar Contemporary, qui organisent souvent des expositions pour lesquelles je peux crĂ©er des pièces. The Art Center (TAC) de Highland Park organise prochainement une exposition intitulĂ©e et j’envisage de faire une pièce pour cette exposition. Lorsque vous avez une bonne relation avec la galerie, elle peut vous stimuler avec les expositions qu’elle organise. Il y a eu une exposition au TAC Ă l’automne qui s’appelait , pour laquelle j’ai prĂ©parĂ© une pièce. Il y avait 400 propositions pour cette exposition et ma pièce a Ă©tĂ© acceptĂ©e parce qu’elle Ă©tait diffĂ©rente des autres Ĺ“uvres. Il y a donc beaucoup de choses uniques qui Ă©veillent ma curiositĂ© et ma crĂ©ativitĂ©.ĚýĚý


Liliana Antonyshyn est Ă©tudiante en première annĂ©e Ă l'universitĂ© de 91ŃÇÉ«, campus de Glendon, oĂą elle prĂ©pare un double diplĂ´me en Ă©tudes internationales et en administration des affaires.

